Sauvons l’or de la Suisse

Patrick Fournier
Actuaire et économiste, député UDC au Grand Conseil valaisan
OR voation du 30 nov.2014

 

« L’or incarne encore et toujours l’ultime moyen de paiement. Dans certains cas extrêmes, plus personne n’accepte les billets de banques »  Alan Greenspan, ancien Gouverneur de la FED.

 

Comme Kenneth Rogoff l’a montré dans ses études historiques, résumées dans son ouvrage « This time is different », tous les Etats qui entourent la Suisse ont fait faillite au moins une demi-douzaine de fois ces 3 derniers siècles (soit environ une fois tous les 50 ans en moyenne). Dans le cas particulier de l’Allemagne, ce sont même 13 défauts de paiement historiques qui ont été enregistrés ces 3 derniers siècles. Dans cette optique, il est quelque part triste de savoir qu’une importante part des réserves de la Banque Nationale Suisse (BNS) est actuellement investie dans des obligations d’Etat de l’Allemagne. Il est vrai que, tant qu’à faire, cet argent pourrait aussi être investi dans des obligations gouvernementales grecques, françaises, portugaises ou italiennes…

Rogoff a également montré qu’en général, à partir du moment où la plupart de leurs créanciers sont étrangers, les Etats n’attendent jamais très longtemps pour « tirer la prise ». Car il vaut toujours mieux, pour la classe dirigeante locale, ne pas rembourser des dettes qu’ils doivent à des étrangers vivant à des milliers de kilomètres, plutôt que de spolier ses propres concitoyens.

En effet, aujourd’hui, avec le phénomène de mondialisation monétaire, une réaction en chaîne (un Etat ne remboursant pas l’Etat voisin, générant à son tour un défaut de paiement de l’Etat voisin, et ainsi de suite) devient chaque jour un peu plus probable. Nul doute que le temps où les marchands vendaient le savon à l’unité emballés dans des billets de 1'000 Reichsmark allemand, sur la place de la Planta à Sion au début des années 1930, reviendra. Car ces billets de 1'000 Reichsmark, autrefois réputés et très solides, étaient devenus, en moins de 3 ans, meilleurs marchés que le papier d’emballage, et même meilleur marché que… le papier de toilette ! Souvent, ce n’est qu’une question de temps avant que le papier ne retrouve un usage primaire.

Par contre, il n’y aura avec certitude jamais de savonnettes vendues dans des feuilles d’or, car les inventaires d’or sont plus ou moins constants sur terre – ils représentent au total un cube d’environ 24m de côté. Un cube de 24m de côté, cela représente tout au plus un petit immeuble de la Bahnhofstrasse, à Zurich. Un immeuble de cette taille contient tout l’or du monde. Dès lors, dans cette maison de l’or mondial, la Suisse ne doit pas se contenter d’une cuvette WC, elle doit ramasser la part qui correspond à sa puissance économique, c’est-à-dire au minimum un 4 pièces / cuisine !

Car l’or, a contrario des billets actuellement imprimés frénétiquement par la quasi-totalité des banques centrales, conserve de facto une valeur intrinsèque. Du temps des Romains, une pièce d’or permettait, à chaque sénateur, de se porter acquéreur d’une toge pourpre. La même pièce d’or permet aujourd’hui, à chaque Conseiller National, de s’acheter un complet veston de marque. Et dans 1'000 ans, nul doute qu’une pièce d’or permettra, à chaque touriste de l’espace, de s’acheter un costume de cosmonaute.

En conséquence, votons OUI le 29 novembre à l’initiative pour la sauvegarde de l’or de la BNS. Montrons à nos banquiers centraux que le souverain, en Suisse, c’est encore le peuple, pas le FMI !

Les exigences de l’initiative sur l’or de la BNS

Cette initiative populaire, soumise au vote le 29 novembre, formule 3 exigences :

 

[if !supportLists]1)   [endif] L’or de la BNS doit être stocké en Suisse

Il s’agit d’une évidence aussi limpide qu’une source de montagne pour n’importe quel esprit rationnel. Actuellement, environ 70% de l’or de la BNS est stocké en Suisse, 20% à Londres et 10% au Canada. Chacun sait ce qu’il est advenu des réserves d’or helvétiques stockées aux USA, et bloquées dès 1941. Chacun sait également que la dernière fois que le ministre des finances allemand s’est rendu à Washington et qu’il a voulu visiter, en passant, les stocks d’or de son pays déposés là-bas, le fonctionnaire américain chargé de la gestion des stocks est revenu au guichet 20 minutes plus tard en indiquant, gêné, qu’il ne retrouvait plus les palettes d’or de l’Allemagne. Nos prétendus Etats amis peuvent très rapidement se transformer en Etats spoliateurs, au gré des circonstances et, surtout, de leur nécessité à trouver des sous par tous les moyens pour combler leurs déficits. Donc, comme le disait le célèbre investisseur Warren Buffett : « diversifier n’apporte rien ; il faut au contraire mettre tous les œufs dans le même panier, mais, surtout, ne pas quitter le panier des yeux ! ».  Que chacun s’occupe de ses vaches, et notre or sera bien gardé chez nous !

 

[if !supportLists]2)    [endif] Au moins 20% des réserves monétaires de la BNS doivent l’être sous forme d’or.

Actuellement, la Banque Nationale détient quelque 7% de ses actifs sous forme d’or, soit pour environ 35 milliards de francs. Pour mémoire, en 1997, la BNS détenait, en termes de quantité, 2'600 tonnes d’or, soit bien davantage qu’aujourd’hui (1'040 tonnes). Ce qui revient à dire que la BNS devra acheter de grandes quantités d’or durant les 5 prochaines années pour respecter le texte de l’initiative et monter sa quote-part de réserves à 20%. Ce n’est pas tout-à-fait certain. En effet, à mesure que la BNS rachètera de l’or, son prix montera, ce qui, implicitement, permettra non seulement à la BNS de comptabiliser une plus-value sur son stock d’or existant, mais réduira aussi les quantités qu’elle devra acheter pour atteindre ce fameux quota de 20%. Au final, pour autant que la BNS cesse d’imprimer des billets à tout-va, sa quote-part de réserves en or, en termes de quantités, n’excédera vraisemblablement pas les 2'600 tonnes que la BNS détenait encore il y a moins de 20 ans.

 

[if !supportLists]3)     [endif] La BNS ne sera plus jamais autorisée à revendre de l’or

Les opposants à l’initiative sont d’avis qu’il s’agit d’une contrainte insupportable pour la BNS, qui ne serait plus en mesure, en termes de masse monétaire, de réduire la voilure lorsqu’elle le souhaitera. Dans les faits, force est de constater que, sur une période de 5 ans, quelque soit la date de départ choisie, la masse monétaire de la Banque Nationale Suisse n’a jamais baissé !  A titre d’exemple, en 2006, le total du bilan de la BNS était de 100 milliards de francs, aujourd’hui il est de plus de 500 milliards de francs. C’est juste 5x plus en moins de 10 ans.  A l’époque (il y a moins de 10 ans), les placements de devises représentaient moins de 50 milliards de francs au bilan de la BNS. Aujourd’hui, ils représentent plus de 400 milliards de francs, soit 8x plus en moins de 10 ans. La quote-part de l’or, elle, s’est réduite comme peau de chagrin.

Et si, par miracle, la BNS pouvait à nouveau, dans un futur proche, réduire sa masse monétaire, cela signifierait implicitement que l’Europe aurait retrouvé un chemin de saine croissance économique durable. Bref, un scénario qui confine à l’utopie pour ce qui est de nombreux pays qui nous entourent, à commencer par la France. La probabilité qu’il se réalise tend vers 0. Mais imaginons que ce scénario idéal se réalise quand même, quelle en serait la conséquence pour le prix de l’or ? A l’évidence, cet actif tangible serait à nouveau, temporairement, quelque peu délaissé. Son cours baisserait, et donc, implicitement, sa quote-part au total du bilan de la BNS se comprimerait d’elle-même. Il ne serait donc même pas nécessaire pour la BNS de devoir revendre de l’or, même si, par miracle, elle souhaitait réduire son bilan. Cette 3e exigence de l’initiative ne constitue donc, de facto, pas une réelle contrainte pour la BNS.

 

En conséquence, votons OUI à l’initiative pour la sauvegarde de l’or de la BNS le 29 novembre. Montrons à nos banquiers centraux que le souverain, en Suisse, c’est encore le peuple, pas les banquiers centraux de l’Union Européenne !

La BNS, pour qui, pour quoi ?

 

La Banque Nationale Suisse (BNS) avait habitué, ces dernières années, les cantons à équilibrer leurs comptes annuels grâce aux généreux dividendes qu’elle payait. A titre d’exemple, le Canton du Valais avait encore touché, en 2012, plus de 26 millions de francs de dividendes.

Toutefois, depuis que la BNS a décidé de lier le franc suisse à l’euro, la manne s’est tarie.

Dès lors, il est peut-être temps de retrouver une certaine indépendance monétaire. Laissons donc la BNS imprimer du papier, encore des centaines de milliards de francs, si elle l’estime judicieux. La plupart des Banques Centrales poursuivent d’ailleurs dans cette voie – une voie qui ressemble furieusement à une fuite en avant. Mais demandons par contre à la BNS de cesser d’acheter des euros à tour de bras, de cesser de souscrire à coups de milliards à toutes les émissions d’emprunts obligataires d’Etat étrangers aux finances vacillantes.

Car il y a bien mieux à faire. En effet, en sus d’augmenter la quote-part de réserves en or dans le sens proposé par une initiative soumise au vote populaire à la fin novembre, il y a suffisamment d’actifs tangibles à racheter, à commencer par des actions de grandes sociétés étrangères dont les bilans sont sains. Ces sociétés survivront, même lorsque certains Etats qui nous sont proches cesseront de rembourser leurs dettes. D’aucuns l’ont déjà compris, à l’image du fonds souverain norvégien qui, plutôt que de se ruer sur des obligations d’Etat aux rendements quasi nuls associés à des perspectives de remboursement incertaines, détient aujourd’hui en moyenne 5% du capital des principales sociétés européennes cotées en bourse.

La BNS, plutôt de se porter massivement acquéreuse d’obligations d’Etats étrangers aux perspectives de remboursement incertaines, devrait tout d’abord augmenter sa quote-part de réserves en or, puis prendre des participations non pas homéopathiques mais significatives dans certaines sociétés européennes saines. Voire même en prendre carrément le contrôle, puis relocaliser leurs sièges sociaux en Suisse. Avec les dividendes et les impôts que paient lesdites sociétés, la BNS pourrait à nouveau aider l’Etat, y compris le Canton du Valais, à rééquilibrer ses comptes.

En attendant, le prix de l’or, exprimé en francs suisses, s’est apprécié de plus de 9% depuis le début de cette année. Si l’année prochaine un dividende sera à nouveau versé par la BNS aux cantons, ce sera, en grande partie, grâce à la hausse du prix de l’or.

Au final, votons OUI à l’initiative pour la sauvegarde de l’or de la BNS le 29 novembre. La BNS appartient à la Confédération et aux Cantons, pas aux banquiers centraux !

 

Patrick Fournier, 28 ocobre 2014

 

 

 

 

 

 

4 commentaires

  1. Posté par jullima le

    Bel article ! De mon côté je suis surpris par le peu de discussion sérieuse pour cette initiative. Pas d’infrarouge, ce que j’entends à la radio est très superficiel et la conclusion est : les autres pays font comme la BNS et jusqu’à maintenant ça marche. C’est dommage qu’il n’y a personne qui va vraiment au fond des choses afin de dénoncer les pratique de la FED et de la banque du Japon !! Ne pas oublier que l’or est une assurance et ce n’est pas parce que la maison n’a pas brûlé qu’il faut regretter d’avoir pris une assurance.

  2. Posté par coocool le

    Sur le long terme l’argent papier ne vaut que la promesse de l’État qui émet ces billets. Autant dire pas grand chose… Face à l’or, le franc suisse a perdu 50 % de sa valeur au cours des 15 dernières années, et 90 % de sa valeur depuis 1914, et je ne parle pas du dollar, ni du franc français – qui a fait faillite cinq fois depuis un siècle !

  3. Posté par coocool le

    Vous avez entièrement raison, mais 20 % des réserves monétaires en or pour la Suisse ce n’est encore pas assez… De grands pays comme la France, ou l’Allemagne ont plus des 3/4 de leurs réserves monétaires en or. La Chine de son côté les augmente de plus de 2000 t chaque année….

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